CONSOMMATION MEDICALE DES SUICIDANTS DANS L’ANNEE PRECEDANT LEUR GESTE SUICIDAIRE

F. Chastang, L. Leclerc, P. Rioux, V. Kovess, E. Zarifian

Résumé

L’objectif de ce travail, qui entre dans le cadre d’une enquête menée chez 541 suicidants (femmes = 63%, hommes = 27%, âge moyen = 34 ans, récidivistes = 54%) admis sur 6 mois aux urgences du CHU de Caen, est de caractériser le mode d’accès aux soins dans l’année précédant le geste suicidaire index en fonction de l’âge, de l’existence d’un geste autolytique antérieur et de la qualité de l’insertion socioprofessionnelle.

Trente pour cent des suicidants sont passés aux urgences dans l’année précédant la tentative index ; 30% ont été hospitalisés, pour raisons psychologique dans 70% des cas ; 78% ont consulté un médecin généraliste, et 30% ont consulté régulièrement un psychiatre. Les récidivistes fréquentent significativement plus souvent les services d’urgence que les primosuicidants (43,6% vs 13,3%, p = 0,001) ; ils sont également plus souvent hospitalisés. Les jeunes suicidants consultent significativement moins un médecin généraliste que les plus âgés (72% vs 83,4%, p = 0,001) et ce d’autant plus qu’ils sont récidivistes (66,5% vs 85,5%, p = 0,001) et en situation professionnelle précaire (67,6% vs 87,8%, p = 0,001).

Il apparaît également clairement que ce sont les sujets qui présentent les plus hauts risques de récidive suicidaire, à savoir les jeunes récidivistes connaissant la précarisation, qui sont les moins bien suivis en soins primaires. Cette situation paradoxale en terme de prévention primaire constitue un réel défi dans le domaine de la prévention des conduites suicidaires.

Mots-clés  : tentative de suicide, récidives, soins primaires, prévention

 

Abstract

The aim of this study was to investigate patterns of medical contacts and utilisation of public health facilities during the year prior the event by 541 suicide attempters aged > 15 ( years (67% females, 23% males, mean age = 34 + 1, 54% of repeaters) admitted consecutively in an Emergency Department.

Repeaters were more frequently admitted in the Emergency Department than first attempters (43,6% vs 13,3%, p< 0,001). Young suicide attempters had seen their GPs less frequently than those over 30 (72% vs 83,4%, p <0,001), specially repeaters (66,5% vs 85,5%, p < 0,001) and those in precarious employment (67,6% vs 87,8%, p < 0,001). Subjects with high suicidal risk do not readily seek help when a crisis occurs.

These results suggest a discrepancy between the potential role of medical doctors in the prevention of suicidal behaviour and the daily practice.

Key-Words : attempted suicide, repeated suicide attempt, primary care, prevention